La démarche d’écriture et de “ré-écriture”

Je travaille de façon empirique, si bien que j'ai du mal à théoriser. Ce que je peux dire, c'est que je me laisse fortement toucher par les textes, quand ils possèdent une langue puissante où charrie un mystère qui vient entrer en résonance avec une obsession profonde. 

Comme si un.e auteur.ice, (parfois mort.e depuis longtemps) me disait : "Salut, j'ai écrit ça. Et les pages que tu viens de lire ne te laisseront pas tranquilles. Car elles vont remuer au fond de toi une obsession, un questionnement, une intranquillité qui était cachée sous la vase. Et qui va remuer, remuer, remuer jusqu'à ce que tu en fasses un spectacle. » Alors, un dialogue commence entre l'œuvre et toi. Et il faut comprendre ce qui agite et ne veut pas laisser en paix. Et commencent d'incessants allers-retours entre l'œuvre et l’artiste, entre l'œuvre et l’époque. 

Et la collision de ces trois singularités (l'oeuvre, l’artiste, l’époque) vient faire trembler les certitudes. Et jaillit alors parfois une adaptation, parfois une réécriture, parfois un texte tout neuf... 

Jaillit quelque chose qui est né bien souvent d'un accident, d'un choc. Tu t'es heurtée à un texte. Tu es tombé et tu es soudain nez à nez avec le monde qui t'entoure et tu boiteras jusqu'à ce que se résolve quelque chose qui prendra les contours d'une création théâtrale. 

Certains sujets étant plus facilement abordables par le biais du Théâtre que par un débat d’idées, utiliser des grands textes peut permettre de traiter de manière plus distancée et plus apaisée, mais aussi avec plus d’acuité, des sujets aussi brulants par exemple que l’égalité homme/femme, les montées en puissance des nouveaux fascismes, le regard porté sur l’étranger dans notre cité… 

Les textes sont là pour être interrogés. 

Ils ne sont pas là, en surplomb, pour nous intimider et nous divulguer “la bonne parole”. 

Le dispositif que nous mettons en place permet d'entrer en dialogue avec les textes, de les remettre en question au besoin,d'y confronter nos pensées, nos intelligences et nos émotions.

Pauline d’Ollone